Agriculture et alimentation de demain

Rubrique : Économie et Société Auteur : Jitka MENCL-GOUDIER

Le changement climatique, la pénurie d’eau, la spéculation alimentaire et la croissance de la population mondiale : tels sont les défis majeurs auxquels devront répondre l’agriculture et le secteur de la production alimentaire. Quelles sont les solutions concrètes pour demain ? Comment produire davantage tout en préservant l’environnement ?

Les terres fertiles pour la culture de denrées pour les humains ou le bétail se raréfient.  En 1950, chaque habitant disposait de 5 200 mètres carrés d’espace disponible. En 2050, ce ne seront plus que 1 700 mètres carrés. Au cours des trente prochaines années, la population mondiale augmentera de neuf à dix milliards de personnes.

Le climat, une incertitude majeure pour les récoltes

Les conséquences du réchauffement climatique se font déjà sentir aujourd’hui. Dans le monde entier, les sécheresses, les inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes impliquent d’importantes réductions de rendement.  Dans les zones de culture du blé en Europe, les climatologues prévoient un doublement, voire un triplement, du nombre d’événements météorologiques dévastateurs, accompagnés de pertes de récoltes drastiques.

Aucun autre secteur n’est aussi dépendant du climat que l’agriculture. Elle demeure toutefois en partie responsable de ce changement climatique. Selon l’agence allemande de protection de l’environnement, en 2016, 60% des émissions de méthane et 7% des rejets de gaz à effet de serre en Allemagne étaient issus de l’agriculture.

Les nouvelles alternatives du Smart Farming

Pour sauver la face, l’agriculture mise de plus en plus sur la haute technologie. Des drones surveillent les champs, les smartphones fournissent des informations sur les données vitales des animaux ou sur l’arrosage des cultures, les tracteurs sont pilotés par GPS… En Allemagne, plus d’un agriculteur sur deux utilise déjà des technologies numériques pour son travail. Le recours à ces technologies a été baptisé Smart Farming. Grâce au numérique, il est possible d’optimiser les processus agricoles et de réduire l’impact environnemental.

Des capteurs mesurant la température, l’humidité, le rayonnement solaire et d’autres paramètres peuvent, par exemple, être utilisés pour déterminer la période idéale de récolte. Des robots font ensuite la distinction entre les fruits pas encore mûrs et les fruits mûrs.  Une récolte traditionnelle fait souvent perdre du rendement, car l’humain peut laisser passer le moment idéal.

Des algorithmes calculent également le risque de perte de récolte et avertissent du risque d’épidémies. Dans l’élevage, des systèmes de caméras surveillent la prise de poids des porcs pour déterminer la meilleure période d’abatage. D’autres analysent le comportement des bovins et détectent ainsi des grossesses ou des maladies.

Les effets positifs de la numérisation sur l’utilisation des engrais et des pesticides

De tels systèmes contribuent également à réduire l’impact environnemental. Des capteurs mesurent la teneur en éléments nutritifs du sol ou des plantes et indiquent l’endroit ainsi que la quantité d’engrais à épandre dans le champ. Cette technologie évite une sur-fertilisation de la terre. Des robots équipés de caméras réduisent aussi la quantité d’herbicide utilisé. Ils distinguent les plantes cultivées et les mauvaises herbes. Ils retirent donc de manière ciblée la végétation indésirable.

Les effets positifs de la numérisation se font déjà sentir à ce jour. Dans une étude menée en 2016, les agriculteurs interrogés ont déclaré que les systèmes numériques permettaient d’économiser du personnel, de l’énergie, de l’eau, mais aussi des réduire l’usage d’engrais et de produits phytosanitaires.

Le cabinet de conseil McKinsey estime que les bénéfices économiques de la numérisation atteindront 330 milliards de dollars d’ici 2025.

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